Je suis une dame de 47 ans aujourd’hui, mère de deux enfants de 25 et 22
ans.
en novembre 1981, je mettais ma fille au monde. Une césarienne était prévue
d’avance. on devait me la faire sous péridural, mais cela s’est mal passé,
j’avais de fortes douleurs. alors que j’avais le ventre ouvert, dès que
l’enfant est sorti, on m’a fait une anesthésie totale, pour continuer le
travail de l’opération.
C’est la que mon expérience extraordinaire commence.
tout a coup, je me suis vue plâner dans un long couloir, pas comme ces
couloirs sombres décrits dans bien des témoignages, mais un couloir clair ,
dont les parroies étaient capitonnées, je volais, simplement voler ! puis ,
je me suis retrouvée , comme sur un balcon, debout , ce balcon était au
dessus de la pièce, la salle d’opération, j’étais la haut , et je voyais mon
corps étendu sur la table d’opération, je voyais le dos de deux médecins en
train de me recoudre, je voyais l’anesthésiste surveiller, les appareils et
mon visage, j’ai vu une infirmière emmener mon mari vers l’extérieur de la
pièce. Je me sentais vraiment bien ! calme n’est même pas le mot exacte ,
c’est bien plus intense que cela , comme totalement vide de toute douleur,
de toute peur, inquiétude, vraiment très très seraine ! plus que ça encore !
je ne sais le définir , il n’y a pas de mot qui puisse réellement décrir.
j’étais "émue" est ce le mot ???? amusée ??? mais en voyant les médecins et
infirmières s’afférer autour de moi, je me disais en souriant, "mais qu’ils
arrêtent de se donner ce mal, je suis morte" je voyais vraiment ce corps
mort ! qui n’était plus "qu’une chose innerte" parmis des petits personnages
bien vivants. mais moi , le vrai moi était la haut . je les regardais comme
on peut regarder un enfant se donner tant de mal pour arriver a emboiter
deux cubes ! qui se concentre, qui s’inquiète, alors que la n’a pas
d’importance, juste le fait de "tenter"de réussir qq chose.
au bout de ce temps "très court" je suis plongée dans le noir le plus
complet , je flotte dans le noir "pas un couloir" le vide , le vide "noir"
et j’entends des voix, des centaines, milliers de voix très criardes , qui
parlent très vite, je sais qu’elles me parlent toutes en même temps, je ne
comprends rien, comme si elles m’appellaient , ou voulaient absolument me
prévenir de qq chose , comme si je n’étais pas restée assez longtemps !
c’était le moment impressionnant de mon histoire.
puis petit a petit , j’ai vu des pavés tourner a toute vitesse autour de
moi, en réalité ces pavés c’était le carrelage qui recouvraient le mur de la
salle d’opération. je revenais a moi. une fois les yeux ouverts, j’avais le
visage de l’anesthésite très près de moi, il regardait mon oeil. et "j’ose
avouer même un mot grossier" je lui ai dit "j’ai déja vu ta "gueule" quelque
part .
après cette aventure, je n’ai plus eu la visite de l’anesthésiste dans ma
chambre, il a juste entrouvert la porte de qq centimètres pour me demander
si j’allais bien . personne ne m’a jamais expliqué ce problème et moi je
n’ai osé en parler a personne. j’ai juste raconté cela a ma mère , comme on
raconte un rêve !
mon mari très longtemps me demandait de ne poser aucune question. Il me
disait "tu es folle" c’est la narcose, tais toi, ne parle pas de ça ! on va
rire de toi.
au plus profond de moi, je sais que j’ai vécu qq chose d’extra ordinaire. Il
n’avait pas de conotation religieuse, et ne suis malgré cela pas plus
croyante qu’avant. la seule chose que je sais, c’est que je me réjoui de
pouvoir vivre la "vraie" vie, sans la provoquer, mais sans l’éviter non
plus. je souffre bcp ici bas, je n’ai aucune facilité dans la vie, mais je
reste optimiste, attentionnée, généreuse, mais bizarrement aussi "anxieuse"
alors que je sais que rien n’a vraiment d’importance sur terre.
Bien à vous.
Chantal